You are currently browsing the category archive for the 'Best of Zee' category.

Audrey Hepburn par Toury

Elle avait le teint diaphane violenté par deux points roses sur les joues en guise de maquillage. Ses grands yeux exprimaient cette stupeur constante des personnes surprises de tout ou offusquées d’un rien.

Elle me dit avoir 29 ans, un âge d’adulte, pourtant j’avais l’air bien plus blasée qu’elle, presque aigrie du haut de mes 5 ans de moins.Elle portait une robe ivoire tachetée de noir, ceinturée sous la poitrine, une robe années 50′ qui contrastait avec la nuée de shorts de la soirée… Une belle image d’Epinal.

Elle semblait à peine remarquer les “Autres”, ceux venus pour essayer de se distraire en s’imbibant d’alcool et de house… J’avais à ma portée la possibilité de faire une étude sociologique, que dis-je? plutôt une étude anthropologique tant cette espèce me semblait en voie de disparition.

Je voulais la faire parler pendant qu’elle réajustait son chignon impeccable, je souhaitais avoir la même vision des choses, connaître les tréfonds de sa pensée, lui emprunter ses yeux un instant, endosser son sourire naïf, et regarder le monde en monochrome : sa vie en rose.

Elle fait partie de ces êtres hybrides que l’expérience n’a pas érodé. Une princesse qui se meut dans la naphtaline confortable des certitudes, une princesse sans méfiance, sans défiance… Une demoiselle encore sous cellophane, qui n’essore la vie que pour en retirer la quintessence lyrique.Je fais l’éloge ici de sa naïveté surannée, cette crédulité qui protège des intempéries invisibles, cette ingénuité qui l’a rend invincible…

Très tôt je me suis imposée la lucidité comme moyen de survie; la “connaissance” pour mot d’ordre, la réflexion pour combat, j’ai mené des batailles inutiles, des guerres lasses avec moi-même pour me “rapprocher” d’un recul nécessaire à la compréhension, à la prise de conscience.

Cette prise de conscience et ses désillusions, cette fausse perspicacité qui ne laisse qu’un goût amer à ceux qui cherchent désésperamment à comprendre avec sagacité, ceux qui souhaitent trouver une explication à tout, ceux qui veulent identifier sans forcément s’identifier…

L’apanage des clairvoyants c’est l’obscurité dans laquelle ils se complaisent et contre laquelle ils se battent. La faculté des naïfs c’est de déambuler dans la vie comme des piétons, avec pour objectif le trottoir d’en face…

 

On remonte les rideaux pour la première fois depuis des mois. Baignée dans l’obscurité depuis la fin de l’été, la maison prend des airs festifs et les rayons de soleil investissent chaque recoin du salon…
Au loin, à marée basse, la mer nargue les visiteurs du dimanche, il est encore trop tôt pour s’y baigner, mais l’appel des vagues en fait soupirer plus d’un, encore quelques mois à tenir, l’été arrive.
Je franchis la baie vitrée qui sépare la terrasse du salon dans un mouvement lent d’émotion, les yeux rivés sur l’horizon, la scène se déroule au ralenti : un temps de pose long pour en capturer la lumière et l’émotion…
Le petit vent de bord de mer me lèche mes bras nus en guise de bienvenue, il se battra toute la journée avec les rayons chauds du soleil de mars… Qui des deux s’occupera de moi ?
J’exécute comme un robot les gestes rituels d’une première journée à la plage, je sors les transats, les ajuste parallèlement les uns aux autres, les amis ne vont plus tarder à arriver…
Je profite de cette solitude feinte pour communiquer avec les éléments, la plage est déserte, presque nostalgique de la marée humaine d’un mois d’août, elle semble me dire d’enlever mes chaussures, de trop dans ce décor estival, et d’aller y courir, prendre un élan et faire la roue de mes douze ans. Je remets à plus tard mes projets d’acrobate, et m’installe confortablement cachée derrière mes grosses lunettes de soudeur…
Les yeux fermés, mes autres sens sont exacerbés à l’infini. Le bruit des vagues dans un roulement d’écume et de sable impose un rythme sain et régulier à mon esprit embrumé de citadine stressée.
Cette litanie fait remonter des images, les tiroirs s’ouvrent à un à un, et les souvenirs deviennent plus précis, s’imbriquent les uns aux autres mais refusent de me livrer un ensemble cohérent et logique.
Antre d’anachronismes traitres, je ne sais plus lequel précède l’autre et j’ai abandonné l’idée d’ordonner mes fichiers, de partitionner mon disc dur…
Un flot d’images resurgissent de nulle part ; les petits déjeuners improvisés sur le sable en rentrant du Beach Club, à l’âge où l’on apprend à faire le mur en développant une technique efficace, marcher en apnée dans l’obscurité et enjamber la fenêtre en passant par la plage.

D’autres souvenirs plus vieux viennent bousculer l’ordre des choses ; une épuisette, un râteau, il faut vaincre ma phobie des
crabes : je les traque patiemment et les jette dans le sceau d’un mouvement brusque de conquérante, je fais onduler l’eau créant des remous pour assoir mon pouvoir de dictatrice sadique, leur rappelant à chaque geste que leur sort est scellé. Je m’en lasse, puis les enterre vivants dans le sable brûlant avec les yeux vifs d’un Torquemada… Un château de sable sera leur mausolée. Ce souvenir me fait sourire, il m’arrive encore d’être sadique… mais plus avec les crabes!
Les amis sont là… Je sors de ma torpeur presque soulagée, il n’est peut-être pas encore temps de me retrouver face à mes souvenirs…
Le poisson frais est acheté à même les barques de pêcheurs et les couples mariés se réjouissent du prix du poisson moins cher qu’en ville, quelqu’un a pensé au vin, l’autre au pain… Moi j’ai préparé le Canon, il est chargé et prêt à voler en rafale chacune des expressions de mes hôtes…

Pouf

SATA IN THE CITY

Lady Zee @ Kesh

Kelly est américaine, use ses Manolos sur les trottoirs de Manhattan et tutoie Tamara Mellon. Cela fait des mois que je lui parle de Kesh, de la beauté de la ville, de la bonté des habitants et de sa vie nocturne trépidante.

Elle arrive avec dans sa valise ; son Babyliss, et une panoplie de clichés. Ses parents ont beaucoup hésité avant de l’envoyer, et il a fallut que je leur jure au téléphone que la ville est « Saaaafe » et que non, leur fille ne sera pas kidnappée par un touareg qui la vendra sur un marché de Conakry. Je leur ai même envoyé une photo de moi à la plage pour qu’ils constatent par eux-mêmes que je ne suis ni voilée et encore moins barbue.

Read the rest of this entry »

Il est aisé de s’épancher ici.

Traverser la frontière ténue entre le blog presque impersonnel au journal de bord.

A l’origine, voulu exutoire virtuel, ce lieu que je chéris prend, malgré moi, les apparences d’un banal blog au contenu anodin, parfois drôle, souvent inutile. Je repoussais jusque là l’emploi du “je” dans mes posts, par pudeur, par protection. Dans un pays où il est devenu difficile d’écrire une ligne sans se dévoiler ou risquer sa peau, me voilà frustrée de ne pas pouvoir y mettre ce que je veux, du fait politique au sentiment le plus intime.

Sentir d’être malgré tout muselée, bridée par une société où il ne fait pas forcément bon de dire ce que l’on pense, de clamer sa fidélité à ce que l’on est… Et cet indicible besoin de partager, ce désir d’offrir ce que je vois de ma petite brèche à moi.

Certains me demandent de bloguer encore et encore, d’écrire, de poster, de partager… l’envie n’en manque pas mais la crainte prend parfois le dessus, celle de sortir d’un anonymat confortable où il est facile de se vider.

Les blogueurs comprendront ce sentiment.

Mes proches s’inquiètent de ne plus m’y voir écrire souvent, certains y voient une bonne augure “si elle n’écrit plus beaucoup, c’est qu’elle va bien”, d’autres savent que si je ne m’y attarde plus, c’est que justement le malaise s’installe…

Flirter avec les limites de ce qui se dit, mettre le doigt là où ça fait mal, provoquer pour faire réagir, parfois même pour faire agir, ont toujours été des choses pour lesquelles je me suis battue, quelqu’en soit l’écho. Je réalise que mes limites ont changé, qu’il devient difficile de m’ouvrir, si ce n’est pour partager un évènement, une vidéo, une chanson, où une petite chronique légère.

L’objet de ce post? Montrer le sentiment de beaucoup de bloggeurs marocains, contraints de peser leurs mots…

 sidi valentin

Lalla Zee Vs. Sidi Valentin

Jules m’en veut de ne pas être suffisamment romantique, il me reproche de préférer le rap East Coast à du Cabrel et les soirées 24 heures chrono aux dîners aux chandelles.

Cette année je me dois de l’être un petit chouia car la rédaction me demande une chronique sur la Saint Valentin, or le souci c’est que je ne l’ai jamais fêté et que jusque là j’étais anti conneries de ce genre.

Lorsque j’étais célibataire, le chéri du 14 février était un fidèle pot d’Oliveri nougat acheté pour fêter l’événement avec dignité. Or, depuis que je ne suis plus seule, et que Jules m’a réconcilié avec l’amour, les sentiments, et le reste de la terre, j’évite quand même le sujet avec délicatesse en priant Dieu pour qu’il m’épargne et oublie cette fête ridicule qui pour moi est synonyme de prise de tête caractérisée avec risque de rupture à la clé.

Read the rest of this entry »

Un petit cadeau pour les amoureux du Maroc… Un hommage d’une amoureuse du Maroc.
Un soupçon de patriotisme, un brin d’émotion, une pincée de frissons.
Malgré tout ce que l’on peut en dire… Nous avons un beau pays.

En 2006 nous avons recu plus de 6,5 millions de touristes…
Les 10 millions viendront en 2010 !

Chanson : “De l’autre côté” de Sofia Mestari & Assia

Paroles :

Read the rest of this entry »

 Un auteur a succès, un écrivain que j’admire, il fallait, dans un atelier d’écriture du site www.psychologies.com, fêter Noël à une personne célèbre, j’ai choisi EE Schmitt, pour son talent, et le plaisir que j’ai eu à lire ses livres…

Le Noël de L’écrivain

Il jouait à Dieu, retournant le stylo dans les plaies des gens avec maestria, laissant derrière lui un goût d’inachevé, une impression doucereuse d’extase d’avoir lu, et de désir de faire lire.
Il est le père de nos nuits, le Noël de nos insomnies, et le Père Noël de nos lectures.

Eric-Emmanuel s’évertue divinement à nous faire voir le monde comme si l’on devait mourir demain. C’est un marionnettiste de la nature humaine, un metteur en scène de nos sentiments, un révélateur chimique de nos hontes.

Read the rest of this entry »

Plus qu’un pari un challenge, devoir traiter un sujet sensible et malheureusement d’actualité, sur un ton léger qui friserait presque la provocation tout en flirtant avec les limites.


Passer d’un article sérieux à ce type de sujets était une véritable contrainte.
Déjà, sortir de “mes” sentiers battus et écrire une chronique intitulée Sata in the City, m’a valu un cas de conscience énorme, suivi d’un grand soulagement: Etre presque capable de changer de registre dans l’écriture est donc un exercice périlleux.

Je vous livre ici le petit article écrit pour un petit mag gratuit. Il n’a peut-être pas sa place dans mon petit blog mais je l’ai écrit, ça reste un de mes enfants malgré tout…

Read the rest of this entry »

modem prehistorique  

C’était une stratégie extrêmement planifiée.

Un rituel qui obéissait à des règles rigoureuses; dire bonjour, s’assoir poliment, répondre aux questions usuelles qui se ressemblaient toutes “En quelle classe es-tu?”, “Quelle est ta matière préférée?”, “As tu un N’amoureuuux??” et attendre patiemment que les adultes m’oublient, pour me racler la gorge et demander de ma voix la plus douce “Tonton est ce que je peux aller sur ton ordinateur?”.

Read the rest of this entry »

Reporter de guerre Lady Zee

SATTA IN THE CITY

Reporter de Guerre

Par l’Agent Zee

En direct de Casablanca

Journaliste en zone de conflit, la rédaction m’envoie pour couvrir un nouveau terrain de guerre.

Après le Darfour, me voici à Casablanca.  

Cette Jungle urbaine de 4 millions d’habitants abrite un bien étrange microcosme. Un microcosme infiniment petit et insignifiant mais qui se fait au quotidien le théâtre de guerres intestines innombrables. Sous les apparences (trompeuses?) d’une métropole économique d’un pays émergent, cette ville est en fait le repère de populations enclavées dans un ersatz de luxe et de débauche.

J’ai pour mission de m’approprier les lieux, de les investir sous une nouvelle identité de jeune marocaine aux allures lisses et prévisibles. Jusque là, rien de très compliqué. Les stéréotypes sont faciles à endosser mais les codes et usages de langage sont nombreux et diffèrent d’un âge à l’autre. 

Read the rest of this entry »

SATC

Sata In The City

Ou les déboires d’une marchandise avariée


24 ans chrono

24 ans. L’âge charnière. Celui où l’on se sent suffisamment jeune pour penser à se caser, et paradoxalement l’âge qui marque notre date de péremption.
En près d’un an, nous voici passées de cibles potentielles par nos congénères du sexe opposé au clan de demoiselles que l’on évite car étiquetées « mariables à tout prix ».Nos chères copines du même âge se marient les unes après les autres et l’on se plait à penser pour nous rassurer qu’elles ont fait un mariage d’affaires, car même nous qui sommes géniales, belles et intelligentes, nous ne trouvons pas chaussure à notre pied.
A croire que nous faisons fuir ces jeunes hommes, qui pour leur défense arguent d’un très célèbre « qu’est ce que je vais faire avec une fille de 24 à qui je dois faire des promesses rapidement, alors qu’une autre de 19 ans, n’attend pas grand-chose de moi ». Read the rest of this entry »

Faune

LA FAUNE

Offrir un lit au désespoir
Perdre la lueur et l’espoir
S’endormir de rage et de cris
Se lever de haine et d’ennui

Affronter l’âpre réalité
Donner le change en société
Sourire malsains et rires jaunes
Se faire adopter de la faune

Mentalités trop étriquées
D’une nation sans liberté
Entre le marteau et l’enclume
Entre la vague et l’écume

Nous étouffons pour la morale
Nous nous donnons tant de mal
Pour s’ajuster dans le moule
Préétabli de la foule

Et l’on désigne un paria
Qui ne respecte pas nos lois
Un libertain, un libertaire
Qui ne cherche pas à nous plaire
Une personne qui diffère
De tout le reste de notre terre

Accusons-le de tous les maux
Evitons d’entendre ces mots
Restons loin de cet intrus
Qui crie la vérité crue
D’une société qui se corrompt
Et d’une jeunesse qui se morfond.

Mars 2006

telephone arabe

Téléphone Maure

IL suffit de me le demander. Je suis un livre ouvert ; je mets à jour gratuitement et régulièrement, pas besoin de cliquer, il suffit de le formuler.

Je dis tout, je raconte tout sans rien omettre, ni ajouter, sans épicer ni rendre amer, sans en altérer la substance, ni la teneur…

Read the rest of this entry »

Casablanca

CASABLANCA

Elle s’appelait Casablanca,

Et se nourrissait de lumière,

Elle Promettait la Dolce Vita,

Et rayonnait et était fière,

 

Elle accueillait tous les rêveurs,

Recherchant un monde meilleur,

Elle abritait dans ses artères,

Du génie et du mystère ;

 

Elle s’appelle Casablanca,

Et se sustente de misère,

Elle promet la vendetta,

Mais reste noble et reste fière,

 

Elle refuse de se livrer,

A ceux qui la jugeraient,

Elle provoque une attirance,

A certains qui, en transe,

Rendent hommage à sa mémoire,

Et qui continuent d’y croire.

 

Elle s’appellerait Casablanca,

Et s’alimenterait de rêves,

Elle promettrait la Dolce Vita,

Et enfin connaîtra la trêve.

LADY ZEE le 11/02/2006

Coupe dAfrique des Nations 2004

24 HEURES FOOT CHRONO

Publié par l’hebdomadaire

La Vie Economique le 20 février 2004 NDLR : Supporter son équipe nationale n’est pas une sinécure. Une néophyte en a fait les frais. Ici, elle raconte son odyssée de la CAN 2004, dans un style non exempt de traits satiriques. Emportée par la fougue de mes proches à vouloir assister à la finale CAN 2004, j’ai décidé de les suivre plus par curiosité que par « nationalisme-footbalistique », mais plus le temps passait plus je m’improvisait “meilleure commentatrice sportive de l’évènement” et par la suite “grande analyste politique de la défaite”.

Read the rest of this entry »

Touche pas à mon pays Maroc

Jouant de mes mots pour déjouer mes maux depuis plusieurs années déjà, j’avais atteint le stade où il fallait peut-être arrêter de se sentir mal pour écrire bien. Transcender le besoin presque atavique de me mettre dans les pires états pour faire ressortir de moi le meilleur dans l’écriture. Jusque là, j’avais déjà tenu plusieurs journaux intimes que je gardais précieusement dans des disquettes (eh oui! on n’en parle plus mais ça a existé), ces mêmes disquettes au système immunitaire fragile et qui chopaient le moindre virus.
Puis le premier est arrivé.
Le premier article sorti dans la presse, sans même que je ne sois au courant. Le 17 mai 2003, le lendemain des attentats de Casablanca, fut pour moi une journée noire, comme pour beaucoup de mes concitoyens. L’impuissance et la rage me faisaient tourner en rond, cherchant en quoi je pouvais “aider”, faire quelque chose, me sentir utile. J’ai donc déposé des gerbes de fleurs blanches sur les marches de l’hôtel Safir après une fouille minutieuse jusqu’au pistil de chaque fleur par les forces de l’ordre présents en masse. Cet acte, quoique sans utilité, m’a à peine calmé quelques heures mais a ravit la presse étrangère.
Ce texte a été écrit dans la nuit (comme beaucoup de mes textes d’ailleurs), d’une traite. J’avais pour objectif de l’envoyer à mes quelques contacts internet et j’étais loin de me douter que ce petit texte allait faire l’objet d’un forwarding répété jusqu’à ce qu’il atterrisse à la rédaction de l’Economiste quelques jours plus tard, décidant de le publier, sans chercher à me demander mon avis. Dès le lendemain, en surfant sur internet, j’ai retrouvé ce même article reprit par la presse israélienne et turque, traduit en anglais, cité par la presse tunisienne et discuté dans des forums de discussion. Au commencement, il y eut donc cet article, écrit pour catalyser ma douleur, ma haine et mon incompréhension; en tentant humblement de mettre des mots simples sur la peine d’une nation entière.
-

————————————————————-

« J’ai vu la gangrène prendre forme »

Publié par le quotidien L’ECONOMISTE le 27 mai 2003

Les évènements terroristes qui ont frappé la ville de Casablanca le 16 mai 2003 ont fait place à une situation d’inquiétude mêlée d’effroi. Au lendemain de ces actes crapuleux, j’ai tenté de canaliser ma peur et mon désarroi par l’écriture.

Témoin d’une recrudescence inquiétante de barbes et de foulards au sein de ma faculté depuis déjà quelques années, j’ai souhaité par ce texte apporter un éclairage supplémentaire à la compréhension de ces actes. Mon objectif étant de susciter une prise de conscience collective.

En choisissant de poursuivre mes études au Maroc, j’ai découvert “l’autre Maroc”, celui que nous occultions au lycée, lorsque nous apprenions “nos ancêtres les Gaulois” et les étapes successives de la construction de l’Union européenne. Celui dont nous ne connaissons l’histoire qu’à travers les manuels démago-pédagogiques de nos bancs d’école.
Outre quelques notions de droit, ces années ici m’ont ouvert les yeux sur un pays en mal de reconnaissance par ses propres citoyens; nous l’aimons certes, mais nous nous sentons souvent impuissants face à ses problèmes qui ont toujours semblé insolubles.
Sommes-nous par ailleurs totalement hermétiques à tout élan de civisme, de patriotisme et de solidarité? condamnés à aimer notre pays sans le lui montrer? Le travail formidable de la société civile qui s’est exprimé ses dernières années prouve que l’on est capable de se mobiliser, d’agir et de faire réagir. A mon arrivée à
la Faculté de droit de Casablanca, les voiles étaient l’exception. Aujourd’hui, je suis l’exception. J’ai choisi de cultiver cette différence, mi-provocatrice, mi-naïve, persuadée que le voile était uniquement un effet de mode.
Les étudiantes autour de moi ont, une à une, commencé à le mettre du jour au lendemain sans aucun préalable spirituel. Je pose des questions, les interpelle, je recherche un semblant d’adoration divine qui justifierait de sacrifier ses cheveux. Je découvre, pour la plupart, soit des esprits malléables endoctrinés à souhait, sans conviction, soit craignant un père, un frère, le regard des voisins, les trajets en bus, soit enfin poussés par ce désir viscéral de trouver un époux qui les jugerait, au premier coup d’oeil, bien sous tous rapports.Contrairement à ce que l’on peut penser, elles ne renient nullement la langue française qu’elles maîtrisent pour la plupart parfaitement, et ne sont en outre ni stupides ni ignorantes. Elles ont enfin une réelle capacité d’apprentissage, le système éducatif marocain a d’ailleurs tout misé sur cette méthode, le bourrage de crânes et les programmes scolaires longs et fastidieux. Peu d’entre elles connaissent cependant les mots “critique”, “synthèse”, “argumentation”. Au-delà de cet aspect inesthétique, j’ai vu la gangrène prendre forme, grandir, grossir, émerger de la masse. J’ai vu l’obscurantisme ternir les murs de ma fac, celui-là même qui a éclaboussé de sang les murs des lieux qu’il a choisis de frapper.
J’ai vu des barbes pousser, des regards noircir, des costumes afghans et des pseudo-étudiants quadragénaires investir les lieux pour “prêcher la bonne parole”. En une poignée d’années, la faculté est devenue presque exclusivement un lieu de culte dans l’indifférence générale. La menace extrémiste commence souvent dans les milieux estudiantins, plus faciles à endoctriner. Je ne dis pas que j’ai assisté à la naissance de notre fléau mais je suis juste un témoin parmi tant d’autres de ce qui cause aujourd’hui notre souffrance.
Je les ai vus s’organiser, s’entraider, se développer, je les ai vus “tout sourire”, “mielleux”, “solidaires”, prônant la gentillesse et la bonne parole aux étudiants, fomentant leur transformation. Ils ont comblé l’absence de mon administration, incapable de renseigner ou d’assister un étudiant dans ses démarches , celle de ma défunte bibliothèque en proposant à des prix symboliques les photocopies d’ouvrages chaudement recommandés par nos enseignants mais introuvables ainsi que des annales des examens précédents. J’étais même la seule indignée lorsqu’il y a quelque temps, ils ont assiégé la cafétéria pendant un mois pour organiser des élections afin d’élire leurs chefs. Des photos de barbes à élire dans les locaux de ma fac!
En mars, j’ai découvert ma société civile, le contrepoids de mon univers estudiantin; certes, elle est encore hésitante, son champ d’action limité, mais le fruit de sa mobilisation est bien visible. Grâce à elle, notamment, d’innocents musiciens ont été libérés d’un satané engrenage. Là, j’ai vu la presse se mobiliser, les lycéens s’exprimer, les adultes s’indigner, j’ai vu les manifestations, les sit-in, les concerts de solidarité. J’ai découvert la notion de “citoyenneté” grâce à Satan!
C’est à cette même société civile que je m’adresse aujourd’hui, celle qui a libéré nos musiciens; elle a un rôle maintenant bien plus ample, bien plus difficile mais décisif. C’est notre liberté à tous qu’elle doit contribuer à défendre, notre intégrité physique et morale, l’avenir de nos enfants, celui de notre pays.
C’est ce même pays, hier symbole d’ouverture, de tolérance et de paix, qui panse aujourd’hui ses plaies, que ni le temps ni la volonté n’aideront à cicatriser. Meurtri dans sa chair et à jamais, le voilà maintenant redouté, parce que trahi. Devons-nous continuer à avancer telle la somme de nos aspirations individuelles sans considérer la dimension citoyenne qui nous anime, ou au contraire, ouvrir les yeux sur un objectif commun, bien plus noble, qui est l’intérêt de tous? Je suis convaincue que même le plus jeune d’entre nous, celui dont le rôle est le plus insignifiant dans le développement économique, social, culturel et politique, est apte à poser une brique pour reconstruire ce qui a été détruit.
Tâchons de cicatriser ensemble de ces images morbides, d’avoir la même voix et le même écho porteur d’un message de paix et de liberté pour nous tous. Libérons le Maroc du joug des extrémistes de tout bord, qu’ils soient colorés de politique ou entachés de violence, qui puisent leur force dans la misère et l’ignorance. Lavons notre pays de cette infamie et par là même, redonnons toute sa dignité à notre religion. Je ne voudrais pas avoir honte un jour de mon passeport vert et de ma foi, j’aimerais continuer à les aimer.
C’est notre droit le plus absolu et personne ne peut nous apprendre de quelle manière aimer et assumer nos convictions religieuses. Je n’ai fait que donner de belles théories et rappeler de tristes vérités, mes mots sont ceux de chacun d’entre nous, et auront peut-être servi à mettre l’accent sur les dangers de l’indifférence. Au-delà de la mission attendue de nos politiques, il est certain que d’aucuns doivent agir pour que le Maroc reste à jamais ce qu’il a toujours été, un pays de tolérance.

ZINEB LARAQUI - L’ECONOMISTE  le 27 mai 2003

Mes A-voeux

Je n’ai pas l’habitude de souhaiter quoique ce soit d’impersonnel, vous n’avez jamais reçu de moi des sms pour les aid et autres festivités en tous genres (au fait si je ne le fais pas c’est pour être épargnée en retour), mais en général j’oublie rarement un anniversaire.

Considérant mon aversion pour l’année 2005 j’ai décidé de faire de l’évènement une exception.L’idée de faire la fête à date fixe et de se forcer à s’amuser un 31 décembre m’a toujours mis très mal à l’aise, et si ce soir là justement je n’en ai pas envie? De toutes façons, c’est un réveillon tous les soirs, il suffit juste d’être bien entouré.

Ne me croyez pas sur parole, si ça se trouve, vous me verrez ce 31 car cette fois c’est exceptionnel; j’enterre 2005 et son lot de mauvais souvenirs et je procéderai par là même au baptême de 2006.

La théorie du déterminisme fait que je reste convaincue que nous fabriquerons notre 2006 à la mesure de nos ambitions, que nous calibrerons ces jours à venir en fonction du point de chute que nous nous sommes fixés et que, de ce fait, le hasard n’est que l’humble serviteur de nos désirs. Ces assertions n’engagent que moi, je ne veux en aucun cas influencer votre jugement, je souhaite juste placer un projecteur sur ce qui est.

Tout en restant pragmatique quant à l’efficacité de ma méthode très “manuel de survie à l’anglo-saxonne”, je décide de tenter l’expérience, de me dire que 2006 will be different, will be better just because of my Willingness. Cette théorie, quoique quelque peu chimérique, s’inscrit dans une nouvelle politique instaurée par mes pouvoirs publics; à savoir mes ambitions, mes désirs, mes objectifs, et l’amour que j’ai pour la plupart d’entre vous (les autres, vous êtes dans mes contacts mais je vous connait à peine). Un 2006 meilleur passe nécessairement par un Moi meilleur, et je vous invite donc tous à y penser. Je ne viens pas en prédicatrice de la bonne parole, tentant de semer l’espoir, l’amour, le bonheur et autres mirages de la nature humaine, je tente simplement de vous dire sans ambages que ce bonheur, cet espoir et surtout cet amour ne tombent pas du ciel. A nous de provoquer tout cela, de forcer le destin par un déterminisme sans failles.

A nous de fondre dans un même moule ce que nous sommes réellement et ce que nous voulons être. Pour ceux qui ont poursuivi la lecture jusque là, pretant oreille attentive à mes élucubrations dominicales, sachez que cette philosophie de comptoir n’était qu’un test pour savoir qui d’entre vous me lira attentivement et jusqu’au bout, à ceux là donc, je souhaite une merveilleuse année 2006, à la mesure de ce qu’ils sont et de ce qu’ils désirent être. Lady Zee

Blog Stats ladyzee.wordpress.com

  • 140,569 hits since November 2006

Le blog de Tequiladrenaline : Braises de comptoir