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IL m’a fallu deux jours pour cuver la nouvelle, cela fait 48 heures, et c’est maintenant que je réalise, pourtant c’était là dans un coin de ma tête, quelque chose de douloureux, comme “lorsque l’on ne sait pas où l’on a mal”, une douleur lancinante qui s’oublie quelques heures puis qui revient… Je m’en veux d’en avoir été presque blasée, d’avoir négligé cet évènement.
Par la suite, j’ai développé une théorie pour ne pas réfléchir, pour ne pas souffrir, j’ai refusé de me rendre à l’évidence et je me suis dit un moment que peut-être cet “attentat” a été monté de toutes pièces, qu’un local a été réquisitionné pour le faire “sauter” et qu’on nous a dit que le kamikaze était mort, pour nous faire peur… Une mise en scène qui me semblait facile à réaliser dans un petit cyber de Sidi Moumen.
La peur est un sentiment qui peut pousser les gens à réagir… A voter
La théorie du complot ne tient pas debout, inventée pour apaiser ma rage, mais j’ai vite repris mes esprits et réalisé que j’avais tort… ils sont là, ils sont parmi nous et nous veulent beaucoup de mal… Je l’ai dit il y a quelques années (cf. Article ci-dessous), je le crie aujourd’hui :

SATA IN THE CITY
Lady Zee @ Kesh
Kelly est américaine, use ses Manolos sur les trottoirs de Manhattan et tutoie Tamara Mellon. Cela fait des mois que je lui parle de Kesh, de la beauté de la ville, de la bonté des habitants et de sa vie nocturne trépidante.
Elle arrive avec dans sa valise ; son Babyliss, et une panoplie de clichés. Ses parents ont beaucoup hésité avant de l’envoyer, et il a fallut que je leur jure au téléphone que la ville est « Saaaafe » et que non, leur fille ne sera pas kidnappée par un touareg qui la vendra sur un marché de Conakry. Je leur ai même envoyé une photo de moi à la plage pour qu’ils constatent par eux-mêmes que je ne suis ni voilée et encore moins barbue.

Lalla Zee Vs. Sidi Valentin
Jules m’en veut de ne pas être suffisamment romantique, il me reproche de préférer le rap East Coast à du Cabrel et les soirées 24 heures chrono aux dîners aux chandelles.
Cette année je me dois de l’être un petit chouia car la rédaction me demande une chronique sur la Saint Valentin, or le souci c’est que je ne l’ai jamais fêté et que jusque là j’étais anti conneries de ce genre.
Lorsque j’étais célibataire, le chéri du 14 février était un fidèle pot d’Oliveri nougat acheté pour fêter l’événement avec dignité. Or, depuis que je ne suis plus seule, et que Jules m’a réconcilié avec l’amour, les sentiments, et le reste de la terre, j’évite quand même le sujet avec délicatesse en priant Dieu pour qu’il m’épargne et oublie cette fête ridicule qui pour moi est synonyme de prise de tête caractérisée avec risque de rupture à la clé.

Plus qu’un pari un challenge, devoir traiter un sujet sensible et malheureusement d’actualité, sur un ton léger qui friserait presque la provocation tout en flirtant avec les limites.
Passer d’un article sérieux à ce type de sujets était une véritable contrainte.
Déjà, sortir de “mes” sentiers battus et écrire une chronique intitulée Sata in the City, m’a valu un cas de conscience énorme, suivi d’un grand soulagement: Etre presque capable de changer de registre dans l’écriture est donc un exercice périlleux.
Je vous livre ici le petit article écrit pour un petit mag gratuit. Il n’a peut-être pas sa place dans mon petit blog mais je l’ai écrit, ça reste un de mes enfants malgré tout…

SATTA IN THE CITY
Reporter de Guerre
Par l’Agent Zee
En direct de Casablanca
Journaliste en zone de conflit, la rédaction m’envoie pour couvrir un nouveau terrain de guerre.
Après le Darfour, me voici à Casablanca.
Cette Jungle urbaine de 4 millions d’habitants abrite un bien étrange microcosme. Un microcosme infiniment petit et insignifiant mais qui se fait au quotidien le théâtre de guerres intestines innombrables. Sous les apparences (trompeuses?) d’une métropole économique d’un pays émergent, cette ville est en fait le repère de populations enclavées dans un ersatz de luxe et de débauche.
J’ai pour mission de m’approprier les lieux, de les investir sous une nouvelle identité de jeune marocaine aux allures lisses et prévisibles. Jusque là, rien de très compliqué. Les stéréotypes sont faciles à endosser mais les codes et usages de langage sont nombreux et diffèrent d’un âge à l’autre.

Sata In The City
Ou les déboires d’une marchandise avariée
24 ans chrono
24 ans. L’âge charnière. Celui où l’on se sent suffisamment jeune pour penser à se caser, et paradoxalement l’âge qui marque notre date de péremption.
En près d’un an, nous voici passées de cibles potentielles par nos congénères du sexe opposé au clan de demoiselles que l’on évite car étiquetées « mariables à tout prix ».Nos chères copines du même âge se marient les unes après les autres et l’on se plait à penser pour nous rassurer qu’elles ont fait un mariage d’affaires, car même nous qui sommes géniales, belles et intelligentes, nous ne trouvons pas chaussure à notre pied.A croire que nous faisons fuir ces jeunes hommes, qui pour leur défense arguent d’un très célèbre « qu’est ce que je vais faire avec une fille de 24 à qui je dois faire des promesses rapidement, alors qu’une autre de 19 ans, n’attend pas grand-chose de moi ». Read the rest of this entry »

24 HEURES FOOT CHRONO
Publié par l’hebdomadaire
La Vie Economique le 20 février 2004 NDLR : Supporter son équipe nationale n’est pas une sinécure. Une néophyte en a fait les frais. Ici, elle raconte son odyssée de la CAN 2004, dans un style non exempt de traits satiriques. Emportée par la fougue de mes proches à vouloir assister à la finale CAN 2004, j’ai décidé de les suivre plus par curiosité que par « nationalisme-footbalistique », mais plus le temps passait plus je m’improvisait “meilleure commentatrice sportive de l’évènement” et par la suite “grande analyste politique de la défaite”.

Jouant de mes mots pour déjouer mes maux depuis plusieurs années déjà, j’avais atteint le stade où il fallait peut-être arrêter de se sentir mal pour écrire bien. Transcender le besoin presque atavique de me mettre dans les pires états pour faire ressortir de moi le meilleur dans l’écriture. Jusque là, j’avais déjà tenu plusieurs journaux intimes que je gardais précieusement dans des disquettes (eh oui! on n’en parle plus mais ça a existé), ces mêmes disquettes au système immunitaire fragile et qui chopaient le moindre virus.
Puis le premier est arrivé.
Le premier article sorti dans la presse, sans même que je ne sois au courant. Le 17 mai 2003, le lendemain des attentats de Casablanca, fut pour moi une journée noire, comme pour beaucoup de mes concitoyens. L’impuissance et la rage me faisaient tourner en rond, cherchant en quoi je pouvais “aider”, faire quelque chose, me sentir utile. J’ai donc déposé des gerbes de fleurs blanches sur les marches de l’hôtel Safir après une fouille minutieuse jusqu’au pistil de chaque fleur par les forces de l’ordre présents en masse. Cet acte, quoique sans utilité, m’a à peine calmé quelques heures mais a ravit la presse étrangère. Ce texte a été écrit dans la nuit (comme beaucoup de mes textes d’ailleurs), d’une traite. J’avais pour objectif de l’envoyer à mes quelques contacts internet et j’étais loin de me douter que ce petit texte allait faire l’objet d’un forwarding répété jusqu’à ce qu’il atterrisse à la rédaction de l’Economiste quelques jours plus tard, décidant de le publier, sans chercher à me demander mon avis. Dès le lendemain, en surfant sur internet, j’ai retrouvé ce même article reprit par la presse israélienne et turque, traduit en anglais, cité par la presse tunisienne et discuté dans des forums de discussion. Au commencement, il y eut donc cet article, écrit pour catalyser ma douleur, ma haine et mon incompréhension; en tentant humblement de mettre des mots simples sur la peine d’une nation entière. -————————————————————-
« J’ai vu la gangrène prendre forme »
Publié par le quotidien L’ECONOMISTE le 27 mai 2003
Les évènements terroristes qui ont frappé la ville de Casablanca le 16 mai 2003 ont fait place à une situation d’inquiétude mêlée d’effroi. Au lendemain de ces actes crapuleux, j’ai tenté de canaliser ma peur et mon désarroi par l’écriture.
Témoin d’une recrudescence inquiétante de barbes et de foulards au sein de ma faculté depuis déjà quelques années, j’ai souhaité par ce texte apporter un éclairage supplémentaire à la compréhension de ces actes. Mon objectif étant de susciter une prise de conscience collective.
En choisissant de poursuivre mes études au Maroc, j’ai découvert “l’autre Maroc”, celui que nous occultions au lycée, lorsque nous apprenions “nos ancêtres les Gaulois” et les étapes successives de la construction de l’Union européenne. Celui dont nous ne connaissons l’histoire qu’à travers les manuels démago-pédagogiques de nos bancs d’école.
Outre quelques notions de droit, ces années ici m’ont ouvert les yeux sur un pays en mal de reconnaissance par ses propres citoyens; nous l’aimons certes, mais nous nous sentons souvent impuissants face à ses problèmes qui ont toujours semblé insolubles.Sommes-nous par ailleurs totalement hermétiques à tout élan de civisme, de patriotisme et de solidarité? condamnés à aimer notre pays sans le lui montrer? Le travail formidable de la société civile qui s’est exprimé ses dernières années prouve que l’on est capable de se mobiliser, d’agir et de faire réagir. A mon arrivée à
la Faculté de droit de Casablanca, les voiles étaient l’exception. Aujourd’hui, je suis l’exception. J’ai choisi de cultiver cette différence, mi-provocatrice, mi-naïve, persuadée que le voile était uniquement un effet de mode.Les étudiantes autour de moi ont, une à une, commencé à le mettre du jour au lendemain sans aucun préalable spirituel. Je pose des questions, les interpelle, je recherche un semblant d’adoration divine qui justifierait de sacrifier ses cheveux. Je découvre, pour la plupart, soit des esprits malléables endoctrinés à souhait, sans conviction, soit craignant un père, un frère, le regard des voisins, les trajets en bus, soit enfin poussés par ce désir viscéral de trouver un époux qui les jugerait, au premier coup d’oeil, bien sous tous rapports.Contrairement à ce que l’on peut penser, elles ne renient nullement la langue française qu’elles maîtrisent pour la plupart parfaitement, et ne sont en outre ni stupides ni ignorantes. Elles ont enfin une réelle capacité d’apprentissage, le système éducatif marocain a d’ailleurs tout misé sur cette méthode, le bourrage de crânes et les programmes scolaires longs et fastidieux. Peu d’entre elles connaissent cependant les mots “critique”, “synthèse”, “argumentation”. Au-delà de cet aspect inesthétique, j’ai vu la gangrène prendre forme, grandir, grossir, émerger de la masse. J’ai vu l’obscurantisme ternir les murs de ma fac, celui-là même qui a éclaboussé de sang les murs des lieux qu’il a choisis de frapper.J’ai vu des barbes pousser, des regards noircir, des costumes afghans et des pseudo-étudiants quadragénaires investir les lieux pour “prêcher la bonne parole”. En une poignée d’années, la faculté est devenue presque exclusivement un lieu de culte dans l’indifférence générale. La menace extrémiste commence souvent dans les milieux estudiantins, plus faciles à endoctriner. Je ne dis pas que j’ai assisté à la naissance de notre fléau mais je suis juste un témoin parmi tant d’autres de ce qui cause aujourd’hui notre souffrance.
Je les ai vus s’organiser, s’entraider, se développer, je les ai vus “tout sourire”, “mielleux”, “solidaires”, prônant la gentillesse et la bonne parole aux étudiants, fomentant leur transformation. Ils ont comblé l’absence de mon administration, incapable de renseigner ou d’assister un étudiant dans ses démarches , celle de ma défunte bibliothèque en proposant à des prix symboliques les photocopies d’ouvrages chaudement recommandés par nos enseignants mais introuvables ainsi que des annales des examens précédents. J’étais même la seule indignée lorsqu’il y a quelque temps, ils ont assiégé la cafétéria pendant un mois pour organiser des élections afin d’élire leurs chefs. Des photos de barbes à élire dans les locaux de ma fac!En mars, j’ai découvert ma société civile, le contrepoids de mon univers estudiantin; certes, elle est encore hésitante, son champ d’action limité, mais le fruit de sa mobilisation est bien visible. Grâce à elle, notamment, d’innocents musiciens ont été libérés d’un satané engrenage. Là, j’ai vu la presse se mobiliser, les lycéens s’exprimer, les adultes s’indigner, j’ai vu les manifestations, les sit-in, les concerts de solidarité. J’ai découvert la notion de “citoyenneté” grâce à Satan!
C’est à cette même société civile que je m’adresse aujourd’hui, celle qui a libéré nos musiciens; elle a un rôle maintenant bien plus ample, bien plus difficile mais décisif. C’est notre liberté à tous qu’elle doit contribuer à défendre, notre intégrité physique et morale, l’avenir de nos enfants, celui de notre pays.C’est ce même pays, hier symbole d’ouverture, de tolérance et de paix, qui panse aujourd’hui ses plaies, que ni le temps ni la volonté n’aideront à cicatriser. Meurtri dans sa chair et à jamais, le voilà maintenant redouté, parce que trahi. Devons-nous continuer à avancer telle la somme de nos aspirations individuelles sans considérer la dimension citoyenne qui nous anime, ou au contraire, ouvrir les yeux sur un objectif commun, bien plus noble, qui est l’intérêt de tous? Je suis convaincue que même le plus jeune d’entre nous, celui dont le rôle est le plus insignifiant dans le développement économique, social, culturel et politique, est apte à poser une brique pour reconstruire ce qui a été détruit.Tâchons de cicatriser ensemble de ces images morbides, d’avoir la même voix et le même écho porteur d’un message de paix et de liberté pour nous tous. Libérons le Maroc du joug des extrémistes de tout bord, qu’ils soient colorés de politique ou entachés de violence, qui puisent leur force dans la misère et l’ignorance. Lavons notre pays de cette infamie et par là même, redonnons toute sa dignité à notre religion. Je ne voudrais pas avoir honte un jour de mon passeport vert et de ma foi, j’aimerais continuer à les aimer.
C’est notre droit le plus absolu et personne ne peut nous apprendre de quelle manière aimer et assumer nos convictions religieuses. Je n’ai fait que donner de belles théories et rappeler de tristes vérités, mes mots sont ceux de chacun d’entre nous, et auront peut-être servi à mettre l’accent sur les dangers de l’indifférence. Au-delà de la mission attendue de nos politiques, il est certain que d’aucuns doivent agir pour que le Maroc reste à jamais ce qu’il a toujours été, un pays de tolérance.
ZINEB LARAQUI - L’ECONOMISTE le 27 mai 2003


Ils étaient là