Son chèque a financé des activités criminelles

« A quel ordre ? »

De plus en plus d’établissements commerciaux, boutiques, magasins, restaurants vous répondent lorsque vous libellez un chèque et que vous demandez le nom de la société bénéficiaire :

« Laissez vide »

Cette phrase, dite généralement par une vendeuse à qui l’on a fait apprendre sa leçon, est lancée timidement à tout hasard, pour voir si vous n’allez pas remarquer que le chèque que vous allez laisser sans ordre, ou au porteur va contribuer à frauder…

Derrière chaque établissement commercial ou chaque enseigne, se cache une société commerciale soumise à des impératifs fiscaux tels que l’impôt sur les sociétés ou la taxe sur la valeur ajoutée.
En laissant votre chèque sans le nom de la société bénéficiaire, le gérant peut le percevoir sur son compte personnel ou le retirer en espèce et ainsi, les comptes et les bilans sont faussés.
En cas de contrôle fiscal, l’agent fiscal a accès aux relevés de compte de la société où aucune trace de cet argent n’apparaît.

C’est généralement pour cette raison que lorsque l’on me dit « Laissez vide » je réponds « Pourquoi vous ne comptez pas payer vos impôts? » à une vendeuse à qui l’on a donné des instructions et qui me sort honteusement d’un tiroir le véritable nom de la société griffonné sur un bout de papier.

La fraude fiscale n’est pas la seule fraude liée à un chèque au porteur, puisque ce dernier permet aussi au gérant, ou à l’un des associés de détourner l’argent de la société au détriment de cette dernière et des autres associés.

Laisser un chèque sans nom de bénéficiaire et sans y avoir apposé la mention «barré non endossable », c’est aussi courir le risque d’avoir de mauvaises surprises. Comme l’anecdote de cette étudiante qui a été appréhendée par la police car son chèque destiné à une petite boutique de chaussures s’est retrouvé dans un réseau de trafiquants de drogue. Le chèque est un effet de commerce, et à ce titre, il peut être réutilisé et endossé plusieurs fois sauf s’il est barré (ne peut être retiré en espèce mais seulement versé sur un compte) et marqué de la mention « N.E » (seul le bénéficiaire pourra en percevoir le montant).

J’ai effectué un petit sondage auprès d’une vingtaine de personnes pour savoir s’ils étaient conscients des risques d’un chèque au porteur. La grande majorité des personnes de mon panel ne savaient pas qu’ils contribuaient par là à une opération de fraude et étaient très étonnés, ils étaient encore plus surpris lorsqu’ils réalisaient qu’ils payaient des impôts pour les autres en faisant ainsi.

La loi de finances 2007 a conféré aux agents du fisc « le contrôle inopiné » en vertu du droit de constatation, l’agent peut désormais s’inviter sans notification préalable dans les livres et les comptes des entreprises.

A quand des agents du fisc munis de chéquiers durant une séance shopping pour constater le flagrant délit de fraude ?