Elle avait le teint diaphane violenté par deux points roses sur les joues en guise de maquillage. Ses grands yeux exprimaient cette stupeur constante des personnes surprises de tout ou offusquées d’un rien.
Elle me dit avoir 29 ans, un âge d’adulte, pourtant j’avais l’air bien plus blasée qu’elle, presque aigrie du haut de mes 5 ans de moins.Elle portait une robe ivoire tachetée de noir, ceinturée sous la poitrine, une robe années 50′ qui contrastait avec la nuée de shorts de la soirée… Une belle image d’Epinal.
Elle semblait à peine remarquer les “Autres”, ceux venus pour essayer de se distraire en s’imbibant d’alcool et de house… J’avais à ma portée la possibilité de faire une étude sociologique, que dis-je? plutôt une étude anthropologique tant cette espèce me semblait en voie de disparition.
Je voulais la faire parler pendant qu’elle réajustait son chignon impeccable, je souhaitais avoir la même vision des choses, connaître les tréfonds de sa pensée, lui emprunter ses yeux un instant, endosser son sourire naïf, et regarder le monde en monochrome : sa vie en rose.
Elle fait partie de ces êtres hybrides que l’expérience n’a pas érodé. Une princesse qui se meut dans la naphtaline confortable des certitudes, une princesse sans méfiance, sans défiance… Une demoiselle encore sous cellophane, qui n’essore la vie que pour en retirer la quintessence lyrique.Je fais l’éloge ici de sa naïveté surannée, cette crédulité qui protège des intempéries invisibles, cette ingénuité qui l’a rend invincible…
Très tôt je me suis imposée la lucidité comme moyen de survie; la “connaissance” pour mot d’ordre, la réflexion pour combat, j’ai mené des batailles inutiles, des guerres lasses avec moi-même pour me “rapprocher” d’un recul nécessaire à la compréhension, à la prise de conscience.
Cette prise de conscience et ses désillusions, cette fausse perspicacité qui ne laisse qu’un goût amer à ceux qui cherchent désésperamment à comprendre avec sagacité, ceux qui souhaitent trouver une explication à tout, ceux qui veulent identifier sans forcément s’identifier…
L’apanage des clairvoyants c’est l’obscurité dans laquelle ils se complaisent et contre laquelle ils se battent. La faculté des naïfs c’est de déambuler dans la vie comme des piétons, avec pour objectif le trottoir d’en face…

9 comments
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mars 22, 2007 à 2:07
J2S
Le Luxe dans les années 90 et 2000 a pris une image beaucoup plus sexe, plus chaude, plus dénudé et corps huilé, un peu triste je pense.
On est loin de l’élégance de Hepburn, la belle Hepburn
mars 22, 2007 à 3:05
une marocaine
Très beau texte surtout le dernier paragraphe ” L’apanage des clairvoyants c’est l’obscurité dans laquelle ils se complaisent et contre laquelle ils se battent. La faculté des naïfs c’est de déambuler dans la vie comme des piétons, avec pour objectif le trottoir d’en face…” ca résume pour moi bp de choses
Merci ladyzee
mars 25, 2007 à 7:41
ladyzee
J2S : “luxe” est un terme volontairement choisi, je souhaitais mettre dans un même titre “luxe” et “candeur” qui semblent antinomiques. C’est vrai que l’on est loin de la pureté crystalline d’une Hepburn…
“Une marocaine” : cette dernière phrase était une libération; dans le premier cru de ce texte, je ne suis pas arrivée à aller au bout de ma pensée, un ami m’a poussé à bout pour dépasser cette crainte de tout ramener à moi, et j’ai fini par me livrer, sans ménagements… Merci à toi de me lire…
mars 28, 2007 à 8:47
Zaz
Jusqu’où comptes tu m’épater?
avril 7, 2007 à 7:48
BrainDamage
Le luxe c’est la bombe de meuf sans la gueule qui va avec et/ou le cash qui va avec.
Le luxe c’est ce qui est immérité.
cheeers
juillet 16, 2007 à 1:56
Mickey-2D
très beau texte! on sent en filigrane la douleur de l’auteur, qui en aurait peut-être trop vu? trop vécu?
L’expérience érode les illusions, c’est connu.
juillet 21, 2007 à 4:24
Indira
Merveilleux texte.
février 29, 2008 à 9:21
Boop Betty
Tres bien écrit, tres beau texte.
avril 8, 2008 à 12:33
soisss
Ces quelques mots : un bijou….
Lorsqu’un jour nos yeux s’ouvrent sur la réalité de la vie, plus jamais ils ne se referment. L’intelligence c’est la lucidité, mais la lucidité fait mal.
Je pense au regard….je ne peine pas à l’imaginer.
à toi.