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 hand and lips by bourson stephane

Comme un début de printemps où l’on espère renaître, comme des terres brûlées qui attendent un meilleur avril. Elle amorce ces mois de soleil avec sérénité, avançant à tâtons dans une clarté perverse.

Le précipice guette et sa gueule béante l’engloutira peut-être  sans qu’elle ne trouve d’issue. Du fond de son abîme tapissé de regrets, elle n’admettra jamais d’avoir déçu les siens.

Et la  grâce abyssale qui la réveillera de cette langueur sournoise, lui offrira - j’espère - le printemps qu’elle n’a jamais connu.

Audrey Hepburn par Toury

Elle avait le teint diaphane violenté par deux points roses sur les joues en guise de maquillage. Ses grands yeux exprimaient cette stupeur constante des personnes surprises de tout ou offusquées d’un rien.

Elle me dit avoir 29 ans, un âge d’adulte, pourtant j’avais l’air bien plus blasée qu’elle, presque aigrie du haut de mes 5 ans de moins.Elle portait une robe ivoire tachetée de noir, ceinturée sous la poitrine, une robe années 50′ qui contrastait avec la nuée de shorts de la soirée… Une belle image d’Epinal.

Elle semblait à peine remarquer les “Autres”, ceux venus pour essayer de se distraire en s’imbibant d’alcool et de house… J’avais à ma portée la possibilité de faire une étude sociologique, que dis-je? plutôt une étude anthropologique tant cette espèce me semblait en voie de disparition.

Je voulais la faire parler pendant qu’elle réajustait son chignon impeccable, je souhaitais avoir la même vision des choses, connaître les tréfonds de sa pensée, lui emprunter ses yeux un instant, endosser son sourire naïf, et regarder le monde en monochrome : sa vie en rose.

Elle fait partie de ces êtres hybrides que l’expérience n’a pas érodé. Une princesse qui se meut dans la naphtaline confortable des certitudes, une princesse sans méfiance, sans défiance… Une demoiselle encore sous cellophane, qui n’essore la vie que pour en retirer la quintessence lyrique.Je fais l’éloge ici de sa naïveté surannée, cette crédulité qui protège des intempéries invisibles, cette ingénuité qui l’a rend invincible…

Très tôt je me suis imposée la lucidité comme moyen de survie; la “connaissance” pour mot d’ordre, la réflexion pour combat, j’ai mené des batailles inutiles, des guerres lasses avec moi-même pour me “rapprocher” d’un recul nécessaire à la compréhension, à la prise de conscience.

Cette prise de conscience et ses désillusions, cette fausse perspicacité qui ne laisse qu’un goût amer à ceux qui cherchent désésperamment à comprendre avec sagacité, ceux qui souhaitent trouver une explication à tout, ceux qui veulent identifier sans forcément s’identifier…

L’apanage des clairvoyants c’est l’obscurité dans laquelle ils se complaisent et contre laquelle ils se battent. La faculté des naïfs c’est de déambuler dans la vie comme des piétons, avec pour objectif le trottoir d’en face…

 

IL m’a fallu deux jours pour cuver la nouvelle, cela fait 48 heures, et c’est maintenant que je réalise, pourtant c’était là dans un coin de ma tête, quelque chose de douloureux, comme “lorsque l’on ne sait pas où l’on a mal”, une douleur lancinante qui s’oublie quelques heures puis qui revient… Je m’en veux d’en avoir été presque blasée, d’avoir négligé cet évènement.

Par la suite, j’ai développé une théorie pour ne pas réfléchir, pour ne pas souffrir, j’ai refusé de me rendre à l’évidence et je me suis dit un moment que peut-être cet “attentat” a été monté de toutes pièces, qu’un local a été réquisitionné pour le faire “sauter” et qu’on nous a dit que le kamikaze était mort, pour nous faire peur… Une mise en scène qui me semblait facile à réaliser dans un petit cyber de Sidi Moumen.

La peur est un sentiment qui peut pousser les gens à réagir… A voter

La théorie du complot ne tient pas debout, inventée pour apaiser ma rage, mais j’ai vite repris mes esprits et réalisé que j’avais tort… ils sont là, ils sont parmi nous et nous veulent beaucoup de mal… Je l’ai dit il y a quelques années (cf. Article ci-dessous), je le crie aujourd’hui :

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On remonte les rideaux pour la première fois depuis des mois. Baignée dans l’obscurité depuis la fin de l’été, la maison prend des airs festifs et les rayons de soleil investissent chaque recoin du salon…
Au loin, à marée basse, la mer nargue les visiteurs du dimanche, il est encore trop tôt pour s’y baigner, mais l’appel des vagues en fait soupirer plus d’un, encore quelques mois à tenir, l’été arrive.
Je franchis la baie vitrée qui sépare la terrasse du salon dans un mouvement lent d’émotion, les yeux rivés sur l’horizon, la scène se déroule au ralenti : un temps de pose long pour en capturer la lumière et l’émotion…
Le petit vent de bord de mer me lèche mes bras nus en guise de bienvenue, il se battra toute la journée avec les rayons chauds du soleil de mars… Qui des deux s’occupera de moi ?
J’exécute comme un robot les gestes rituels d’une première journée à la plage, je sors les transats, les ajuste parallèlement les uns aux autres, les amis ne vont plus tarder à arriver…
Je profite de cette solitude feinte pour communiquer avec les éléments, la plage est déserte, presque nostalgique de la marée humaine d’un mois d’août, elle semble me dire d’enlever mes chaussures, de trop dans ce décor estival, et d’aller y courir, prendre un élan et faire la roue de mes douze ans. Je remets à plus tard mes projets d’acrobate, et m’installe confortablement cachée derrière mes grosses lunettes de soudeur…
Les yeux fermés, mes autres sens sont exacerbés à l’infini. Le bruit des vagues dans un roulement d’écume et de sable impose un rythme sain et régulier à mon esprit embrumé de citadine stressée.
Cette litanie fait remonter des images, les tiroirs s’ouvrent à un à un, et les souvenirs deviennent plus précis, s’imbriquent les uns aux autres mais refusent de me livrer un ensemble cohérent et logique.
Antre d’anachronismes traitres, je ne sais plus lequel précède l’autre et j’ai abandonné l’idée d’ordonner mes fichiers, de partitionner mon disc dur…
Un flot d’images resurgissent de nulle part ; les petits déjeuners improvisés sur le sable en rentrant du Beach Club, à l’âge où l’on apprend à faire le mur en développant une technique efficace, marcher en apnée dans l’obscurité et enjamber la fenêtre en passant par la plage.

D’autres souvenirs plus vieux viennent bousculer l’ordre des choses ; une épuisette, un râteau, il faut vaincre ma phobie des
crabes : je les traque patiemment et les jette dans le sceau d’un mouvement brusque de conquérante, je fais onduler l’eau créant des remous pour assoir mon pouvoir de dictatrice sadique, leur rappelant à chaque geste que leur sort est scellé. Je m’en lasse, puis les enterre vivants dans le sable brûlant avec les yeux vifs d’un Torquemada… Un château de sable sera leur mausolée. Ce souvenir me fait sourire, il m’arrive encore d’être sadique… mais plus avec les crabes!
Les amis sont là… Je sors de ma torpeur presque soulagée, il n’est peut-être pas encore temps de me retrouver face à mes souvenirs…
Le poisson frais est acheté à même les barques de pêcheurs et les couples mariés se réjouissent du prix du poisson moins cher qu’en ville, quelqu’un a pensé au vin, l’autre au pain… Moi j’ai préparé le Canon, il est chargé et prêt à voler en rafale chacune des expressions de mes hôtes…

Pouf

SATA IN THE CITY

Lady Zee @ Kesh

Kelly est américaine, use ses Manolos sur les trottoirs de Manhattan et tutoie Tamara Mellon. Cela fait des mois que je lui parle de Kesh, de la beauté de la ville, de la bonté des habitants et de sa vie nocturne trépidante.

Elle arrive avec dans sa valise ; son Babyliss, et une panoplie de clichés. Ses parents ont beaucoup hésité avant de l’envoyer, et il a fallut que je leur jure au téléphone que la ville est « Saaaafe » et que non, leur fille ne sera pas kidnappée par un touareg qui la vendra sur un marché de Conakry. Je leur ai même envoyé une photo de moi à la plage pour qu’ils constatent par eux-mêmes que je ne suis ni voilée et encore moins barbue.

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Il est aisé de s’épancher ici.

Traverser la frontière ténue entre le blog presque impersonnel au journal de bord.

A l’origine, voulu exutoire virtuel, ce lieu que je chéris prend, malgré moi, les apparences d’un banal blog au contenu anodin, parfois drôle, souvent inutile. Je repoussais jusque là l’emploi du “je” dans mes posts, par pudeur, par protection. Dans un pays où il est devenu difficile d’écrire une ligne sans se dévoiler ou risquer sa peau, me voilà frustrée de ne pas pouvoir y mettre ce que je veux, du fait politique au sentiment le plus intime.

Sentir d’être malgré tout muselée, bridée par une société où il ne fait pas forcément bon de dire ce que l’on pense, de clamer sa fidélité à ce que l’on est… Et cet indicible besoin de partager, ce désir d’offrir ce que je vois de ma petite brèche à moi.

Certains me demandent de bloguer encore et encore, d’écrire, de poster, de partager… l’envie n’en manque pas mais la crainte prend parfois le dessus, celle de sortir d’un anonymat confortable où il est facile de se vider.

Les blogueurs comprendront ce sentiment.

Mes proches s’inquiètent de ne plus m’y voir écrire souvent, certains y voient une bonne augure “si elle n’écrit plus beaucoup, c’est qu’elle va bien”, d’autres savent que si je ne m’y attarde plus, c’est que justement le malaise s’installe…

Flirter avec les limites de ce qui se dit, mettre le doigt là où ça fait mal, provoquer pour faire réagir, parfois même pour faire agir, ont toujours été des choses pour lesquelles je me suis battue, quelqu’en soit l’écho. Je réalise que mes limites ont changé, qu’il devient difficile de m’ouvrir, si ce n’est pour partager un évènement, une vidéo, une chanson, où une petite chronique légère.

L’objet de ce post? Montrer le sentiment de beaucoup de bloggeurs marocains, contraints de peser leurs mots…

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