Reporter de guerre Lady Zee

SATTA IN THE CITY

Reporter de Guerre

Par l’Agent Zee

En direct de Casablanca

Journaliste en zone de conflit, la rédaction m’envoie pour couvrir un nouveau terrain de guerre.

Après le Darfour, me voici à Casablanca.  

Cette Jungle urbaine de 4 millions d’habitants abrite un bien étrange microcosme. Un microcosme infiniment petit et insignifiant mais qui se fait au quotidien le théâtre de guerres intestines innombrables. Sous les apparences (trompeuses?) d’une métropole économique d’un pays émergent, cette ville est en fait le repère de populations enclavées dans un ersatz de luxe et de débauche.

J’ai pour mission de m’approprier les lieux, de les investir sous une nouvelle identité de jeune marocaine aux allures lisses et prévisibles. Jusque là, rien de très compliqué. Les stéréotypes sont faciles à endosser mais les codes et usages de langage sont nombreux et diffèrent d’un âge à l’autre. 

 

L’art de la guerre  

Un correspondant de guerre doit savoir protéger sa couverture et surtout ses sources. Pour cela il emploie les mêmes précautions qu’un agent au service du MI-6 britannique ou du Mossad israélien, mais il doit cependant se contenter d’observer.   Zoom donc sur cette petite société où tout le monde se connaît, qui est nécessairement en proie à de nombreuses guerres civiles et qui a développé d’incroyables réflexes de survie.

Les vendettas existent entre différents clans, qui s’organisent en alliances, mais qui respectent, en général,  une apparente coexistence pacifique.  Ces ententes se font la plupart du temps dans des quartiers généraux nocturnes, qui, pour tromper l’ennemi, changent d’année en année. A ce jour, Casablanca compte deux principaux lieux de rencontres au sommet, le CANDY et le PULP.

Pendant ma mission, j’ai assisté à la création d’un nouveau Q.G Sound, ou d’autres accords se signent tacitement et où les belligérants, en état de no man’s land, trinquent pour la paix et enterrent la hache de guerre. Mais cette chaleur apparente cache une sournoise guerre froide, ayant pour principale arme de destruction massive l’hypocrisie. Ce fléau soude les foules et génère paradoxalement un incroyable sentiment d’appartenance à un groupe. 

 Analyse des forces en présence 

Les Desperates  

Des sourires figés sur plusieurs couches de mauvais fond de teint, des regards en coin pour repérer les nouvelles affinités amicales, des “doss” qui s’échangent sur les couples qui se forment, tout cela est la spécialité des Desperates.Desperates, terme qui désigne une catégorie de jeunes demoiselles qui cherchent désespérément à se caser et qui sont prêtes à user de tous les moyens pour arriver à leurs fins, sans se soucier de l’image qu’elles véhiculent. A cela, on peut ajouter une sous-catégorie, les “Charognardes”; des filles lobotomisées qui se servent allègrement dans les exs de leurs copines, et dont le leitmotiv est “jeune demoiselle recherche un mec mortel, BORDEL !!!”.     

Les bienveillant(e)s  C’est le titre du roman qui a remporté le prix Goncourt  et le prix de l’Académie française cette année mais je ne suis pas censée parler de cela ici. C’est aussi un terme bien trouvé pour nommer la grande majorité des individus de ce groupuscule social, et qui peut être traduit en arabe par “Shab El Hassanate”.  Ces personnes sont surtout réputées pour leur mièvrerie car saluent d’une main et poignardent de l’autre. Les bienveillant(e)s possèdent une panoplie d’armes de pointe.Le téléphone rouge (qui ne relie pas comme en 1963 le Kremlin soviétique à
la Maison Blanche) est destiné à transférer, transformer, et propager des informations sur les uns et les autres, mais ce moyen de communication s’avère trop coûteux tant que MAROC TELECOM est en situation de Diktat  et qu’aucune loi anti-trust ne sort des bâillements des parlementaires marocains.
Dans un souci d’adaptation Darwinien, les membres de la communauté choisissent de nouveaux vecteurs moins onéreux  mais tout aussi efficaces de propagation des rumeurs, et autres fausses informations; MSN, SMS, MMS, SKYPE… 

Les résistant(e)s 

Dans cette guerre d’usure, où chaque prise de position semble bannie d’une tranchée à l’autre, un petit groupe d’irréductibles tente savamment de survivre en harmonie car ils ont pour postulat de base : Nous sommes tous dans la même galère, condamnés à vivre ensemble”.
Ces résistant(e)s bannissent les mauvais côtés de leur microcosme mais ne veulent tout de même pas vivre en reclus et en ermite.
Ils adoptent pour crédo “toute personne rencontrée est présumée bonne et innocente jusqu’à preuve contraire”, et donnent leur confiance entière aux premiers contacts. Par contre, libre à eux de la retirer partiellement ou totalement, à la première fausse note de leurs nouveaux copains. Cette stratégie, que les obtus qualifient de naïveté, leur permet de surfer d’un groupe à l’autre, slalomant entre les mines anti-personnelles qui jalonnent la ville. Les résistants sont toutefois souvent déçus par ceux qui les entourent car font énormément d’erreurs de jugement.

 Reporter de guerre dans le mag en jpg

Pour ceux qui veulent lire Satta I Déboires d’une marchandise avariée.