
Téléphone Maure
IL suffit de me le demander. Je suis un livre ouvert ; je mets à jour gratuitement et régulièrement, pas besoin de cliquer, il suffit de le formuler.
Je dis tout, je raconte tout sans rien omettre, ni ajouter, sans épicer ni rendre amer, sans en altérer la substance, ni la teneur…
Je leur fais part des aventures, mes aventures, mes mésaventures, de ce qui fait mon quotidien, mon lendemain, ou l’avant-veille, à tous ceux qui se proclament amis, amies, copains, ou copines.
Ce que je garde au fond de moi, je vous jure, je n’ai pas besoin d’y mettre des mots, parce que ceux qui m’aiment en font d’excellentes déductions.Je narre méticuleusement des minutes entières de ma vie.
J’ordonne les faits avec une chronologie suisse, une minutie allemande et une description bien française…
Mais alors pourquoi diable les grésillements du téléphone, aussi arabe soit-il, inventent-ils des chapitres entiers de mon existence ???
Je regrette cette transparence tout de suite après, me rappelant la noirceur de certaines âmes, l’obscurité de certains regards, et les ombres sombres de certains ouï-dire.
Mais je chasse vite ce brumeux nuage pour mieux récidiver.
Je reconstitue l’épisode, me met en scène, retrouve le ton, et je raconte ce que j’ai senti, ressenti, parfois même pressenti…J’offre en pâtures les détails, du nougat vous dis-je, croustillant à souhait. A moi de répondre sans décevoir, à leurs décevants : « Alors !! Raconte ??!!!! », « Mais je raconte mes chers ! ».
Il suffit de le demander poliment, avec un brin d’intérêt, et en cachant tant bien que mal un voyeurisme latent.Je ne suis d’ailleurs pas de celles qui minimisent mes émotions lorsqu’elles sont fortes, ou qui font scandales de l’anodin.
J’essaye d’imprimer sur paroles l’exacte photographie de l’instant narré, je laisse même parfois en juriste avertie (Ave Maman, celle qui va mourir pour toi te salue !), trois petits points de suspension en apesanteur…Il se passe dans ma vie, comme dans la votre d’ailleurs, des choses extraordinaires, ordinaires, ou extraordinairement ordinaires. Je vis des situations tantôt cocasses, tantôt touchantes, des drames cornéliens, des quiproquos ubuesques, des choses tristes mais vite essoufflées par les choses gaies.Ces gens-là grattent, polissent, dépolissent, réclament, clament, m’acclament, repoussant mes limitent, ma candeur (et oui ça m’arrive!) et ma naïveté (et re-oui !) jusqu’à leurs derniers retranchements.Je conclus souvent par un long soupir de dupe, un soupir bien lourd chassant les points en suspension qui papillonnent encore entre eux et moi. Ce gémissement final, tel le chant du cygne étouffe un rire las signifiant que je sais bien que même si je m’efforce à restituer soigneusement mon vécu et mon survécu… Je suis vaincue.
Ce que je dirai sera broyé, mâché, malaxé, cimenté à mon non vécu, et viendra se nourrir de grésillements, de chatouillements, et d’effleurements d’un apôtre de Judas.
Si comme moi, votre vie, vos vérités, vos croyances, vos confidences, vos semi aveux, connaissent le même sort, et que, comme moi, vous êtes incapables de prévoir l’effet boule de neige de vos dires, décidons ensemble d’élire comme mot d’ordre la célèbre phrase de Maman, Sénèque ou Seguela (au choix selon le niveau culturel) :
« Parlez de moi, en bien ou en mal, mais parlez de moi »

1 comment
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novembre 15, 2006 à 10:15
MIA
Surtout ma chérie, ne t’arrete jamais de coucher tes pensées sur papier (ou ecran!)