A la demande générale, je ressors des archives la cuvée 2007 et je re-poste pour l’occasion :
Lalla Zee Vs. Sidi Valentin
Jules m’en veut de ne pas être suffisamment romantique, il me reproche de préférer le rap East Coast à du Cabrel et les soirées 24 heures chrono aux dîners aux chandelles.
Cette année je me dois de l’être un petit chouia car la rédaction me demande une chronique sur la Saint Valentin, or le souci c’est que je ne l’ai jamais fêté et que jusque là j’étais anti conneries de ce genre.
Lorsque j’étais célibataire, le chéri du 14 février était un fidèle pot d’Oliveri nougat acheté pour fêter l’événement avec dignité. Or, depuis que je ne suis plus seule, et que Jules m’a réconcilié avec l’amour, les sentiments, et le reste de la terre, j’évite quand même le sujet avec délicatesse en priant Dieu pour qu’il m’épargne et oublie cette fête ridicule qui pour moi est synonyme de prise de tête caractérisée avec risque de rupture à la clé.
Cette année je joue le jeu, et décide fermement de me mettre dans la peau d’une fille normale (doublée d’une marocaine très portée sur les attentions) et lui annonce fièrement que je souhaite fêter la Saint Valentin.
Moi qui n’aime pas les roses rouges que je trouve nazes bien trop classiques, je ferai l’exception et je m’extasierai de joie devant la douzaine de fleurs qui vont faner dans un coin de ma chambre, je feindrai la surprise devant la boite de chocolats en forme de cœur remplie de coton, et j’essaierai de tenir tout un dîner en tête-à-tête sans pianoter frénétiquement sur mon clavier de téléphone pour envoyer des sms à mes copines célibataires, qui elles, ont la haine de passer cette soirée devant un épisode de Prison Break. Quoique à choisir, Wentworth Miller serait un bien beau cadeau de Saint Valentin, mais ça je ne crois pas que je peux le demander à Jules !
Cette année c’est décidé, je teste sur lui, nous testons la Saint Valentin, il est tellement surpris qu’il me demande ce que j’ai derrière la tête, parce que dit-il, si c’est pour un cadeau en particulier, autant lui dire tout de suite et éviter cette mascarade.
Je l’ai convaincu de ma bonne foi (en essayant de me convaincre aussi) et je lui ai donné le programme : cette année nous verserons totalement dans le cliché, fleurs, resto, billets doux et échange de cadeaux. Légèrement sceptique sur mes intentions et agacé de se retrouver encore une fois au milieu de mes expérimentations, Jules a fini par accepter ce nouveau caprice non sans me poser une dernière question : “ Mais y crois-tu réellement ? ”
Moi qui ai toujours fait un procès à cette fête que je juge jugeais bassement commerciale, inventée pour créer des embrouilles, je cherchais aujourd’hui les mots pour le convaincre que j’épousais désormais la religion de l’amour et son prophète Sidi Valentin.
J’enchaînais les arguments banals, lui assurant que j’étais totalement enjouée de sacrifier une soirée DVD pour fêter l’Amour en même temps que le monde entier, et que non, je ne croyais plus en la fameuse théorie pseudo scientifique de “ l’amour dure trois ans ”.
J’en ai même rajouté un peu en avançant que mon côté Glacius était un blindage en titane pour éviter de souffrir et que j’étais au fond l’être le plus romantique de la planète ; prête à effeuiller la marguerite, à graver nos initiales sur le tronc d’un arbre, et à rester assise plus de dix minutes devant un coucher de soleil en fredonnant “ On va s’aimer ” avec ma voix de casserole.
Après avoir passé la semaine à galérer sur le choix d’un resto romantique, au grand dam de mes copines romantiques endurcies qui m’assurent que c’est à mon homme de s’en occuper, je me suis penchée sur la question épineuse du cadeau.
Ce qui devait être un plaisir s’est transformé en corvée, il fallait trouver le présent idéal pour l’occasion sans pour autant tomber dans les traditionnelles chemises, cravates et autres banalités de circonstance.
Je savais que lui, de son côté, en personne très organisée, en était déjà à choisir la forme du nœud de l’emballage et qu’il avait encore une fois fait fort dans ce qui pourrait faire plaisir à une fille normale un soir de Saint Valentin. (J’aurai toutefois pu lui souffler que je serai ravie de recevoir un disque dur externe de 300Go qu’il peut trouver chez Said dial Joutia et qui me ferait en ce moment plus plaisir qu’un ensemble en dentelle La Perla rouge vif dont mes tiroirs débordent).
C’est J moins 2. Je n’ai encore rien fait pour ce foutu cadeau car j’ai encore une fois écouté trop de copines et leurs idées folles du moment : la romantique à l’extrême dont le cadeau idéal serait des boutons de manchette Cartier ou un porte-plume Mont Blanc et la célibattante qui trouve que j’ai perdu mon humour par le simple fait d’être en couple et qui me conseille vivement de le quitter car on a passé nos heures gratuites au téléphone à parler de mon Jules et de son cadeau.
C’est J moins 1. Quelle poisse cette histoire de cadeaux réciproques, on craint d’en faire trop de peur de gêner Msiou et on tremble de ne pas en faire assez et de se retrouver au restaurant en plein rituel d’échange de cadeaux à se maudire de la misérable cravate achetée entre midi et deux, tandis que Jules nous offre un week-end à Firenze.
Blache ! je vais tout annuler et lui proposer de passer chez notre dealer de DVD, Fouzi, qui se fera un plaisir de nous trouver le film à l’eau de rose dont personne ne veut.
Le Jour J, après le traditionnel repas où l’on s’est échangés des regards énamourés, des mots mielleux et des sourires langoureux, j’ouvre joyeuse le paquet La Perla dont je devinais le contenu : “ Oh un ensemble rouge en dentelle !” et mon Msiou jubile devant les tickets pour aller voir Ronaldinho, Puyol, Eto’o et Messi lors du prochain Barca/Real à Camp Nou le 11 mars.
Lire la joie et le bonheur dans les yeux de Jules… Ca n’a pas de prix avec Mastercard !
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